À peu près 20 minutes
après le début d'Amour, Anne est revenue dans l'appartement,
à moitié paralysée. Son mari Georges la met au lit, lui donne le livre
qu'elle demande. Elle le prend, le remercie, et lui dit qu'il peut
maintenant aller faire ce qu'il veut, qu'il n'y a pas besoin de
rester pour voir comment elle lit. Sa dignité est en jeu, il s'agit
de ne pas “l'observer” (mot qu'elle a utilisé plus tôt). La
respectant trop pour vouloir la blesser, Georges la laisse. Haneke,
lui, l'observe, et la caméra reste solidement plantée là pour de
nombreuses secondes. Grand bien lui fasse d'observer la noblesse
d'âme de ce vieux couple: lui, le Créateur, se trouve au-dessus de
sa protagoniste, et il n'est pas question de s'épargner un plan pour
quelque chose d'aussi secondaire que la dignité d'un personnage.
Plus tard dans le film,
Georges détaille le quotidien à sa fille, avant de lui affirmer
qu'il s'agit de choses qui n'ont pas besoin d'être vues. Le film,
évidemment, ne nous montre pas autre chose que ce quotidien que ne veulent pas
montrer les personnages. Peut-être quelqu'un m'expliquera-t-il en
quoi consiste “l'humanisme” ou la “tendresse” d'un film si
impitoyablement voué à mettre en scène pour le spectateur les
humiliations que le couple prend tant de mal à refuser aux autres
personnages?
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